dimanche 21 novembre 2010

White album

Le 22 novembre 1968 sort le copieux "White album" ou double blanc, un pêle-mêle hétéroclite des aspirations solo à venir des quatre Beatles, un pavé déroutant de trente chansons disparates, n'ayant rien à faire les unes avec les autres, un disque de rock'nd roll, un disque de surf, un disque punk, un disque de blues, un disque de reggae, un disque de country, un disque de music-hall, un disque de variétés, un disque d'avant garde, c'est sans doute la raison pour laquelle c'est l'album des Beatles qui a le moins vieilli.



Cette récolte miraculeuse est le fruit de leur séjour en Inde à Rishikesch où les Beatles sont allés suivre l'enseignement du Maharishi Mahesh Yogi, revenus échaudés, ils créent leur "label communiste" Apple véritable usine à problèmes. Ils avaient signé avec EMI pour sept nouveaux albums à l'époque de Sergent Pepper qu'ils appelaient "One down, six to go" (un dans la boîte, plus que six à tirer), un double album leur permettait de sauter deux cases d'un coup en s'acquittant de leurs obligations . En août 1967, Brian Epstein, leur manager disparait brutalement dans des circonstances troubles, lien invisible liant Mac Cartney et Lennon, son déces déclenche une véritable guerre de succession, une lutte de pouvoir.

C'est le disque des Beatles qui eut l'existence la plus mouvementée, le disque maudit de leur producteur Georges Martin (encore aujourd'hui), celui où la situation lui a totalement échappé, il tentera en vain de les convaincre de sortir un album simple (le résultat lui donnera tort. Dépité, il désertera à maintes reprises le studio laissant la place à Geoff Emerick qui claquera la porte à son tour. C'est aussi l'album des tensions, annonçant la séparation, émaillé d'incidents, de coups de gueule comme le départ furieux de Ringo Starr excédé par les réflexions de Mac Cartney sur la pauvreté de son jeu, trouvant refuge sur le yacht de Peter Sellers en Sardaigne, quinze jours plus tard, de retour il découvrira sa batterie recouverte de fleurs par ses collègues confus ou encore George Harrison ne supportant plus les manières dictatoriales de Paul et enfin le problème John Lennon ayant contracté une addiction à deux virus hautement toxiques : l'héroïne et Yoko Ono dont il impose l'omniprésence dans le saint des saints, lui installant même un lit de camp dans le studio.

Le "White album", c'est quatre indiviualités qui enregistrent dans des studios séparés en parallèle, s'évitent, se mettent des batons dans les roues. Lennon ne se remettra jamais de ne pas avoir été sollicité pour travailler sur "Why don't we do it in the road" enregistré seul par Macca (ainsi que Wild Honey Pie", "Mother's Nature Son" et Blackbird"), c'est l'ennuyeux collage effectué sur la 3e version de "Revolution" imposé par un Lennon totalement sous influence et défoncé qui va susciter de nombreuses polémiques (on échappera à l'épouvantable "What's the new Mary Jane ?"). L'ambiance pourrie qui règne, disparait quand des invités extérieurs viennent apporter leur contribution, Nicky Hopkins et surtout Eric Clapton à la demande d'Harrison sur "while my guitar gently weeps". En revanche Lennon et Starr ont toujours considéré le double blanc comme leur disque préféré, celui où ils ont retrouvé le plaisir de jouer ensemble, de faire du bruit ("Birthday", "Yer blues").


















Malgré des titres évoquant à mots couverts, son addiction "Everybody's got something to hide except me and my monkey", "Happiness is a warm gun", l'écriture de Lennon tend à se rapprocher de l'univers de Mac Cartney avec des ballades tendres comme "Julia", "Dear Prudence", "Good night", "Bungalow Bill" alors que celui ci sous influence reggae pour "Obladi Oblada", se la joue plus rock avec "Back in USSR" et surtout le totalement disjoncté "Helter skelter" qui inspirera à Charles Manson avec "Piggies" et d'autres titres de l'album, le meurtre de Sharon Tate . "Not guilty" d'Harrison non retenu pour l'album nécessitera 101 prises !

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